Parent en situation de handicap

Parents, et par ailleurs en situation de handicap, nous interpellons les autorités publiques sur les conditions de la réouverture des établissements scolaires. 

En cette période de crise liée au COVID-19, le Collectif « être parHANDs », qui rassemble depuis 2014 des parents en situation de handicap moteur ou visuel avec le soutien d’APF France handicap Rhône-Ain, s’inquiète des prochaines mesures de déconfinement qui vont être prises par le gouvernement pour la réouverture des écoles.

1. Comme tout parent, nous sommes inquiets des conditions de la reprise de l’école, des collèges et des lycées.

Comment les conditions sanitaires du retour de nos enfants dans les établissements scolaires seront garanties ? Par qui ? Quels moyens aurons-nous pour être assurés que ces conditions seront réunies au sein de l’ensemble des lieux de vie scolaire : des classes, des toilettes, de la cantine, dans les moyens de transports… Quelles seront les instances qui vérifieront la fiabilité des mesures prises et le maintien de leur efficacité dans le temps ? Comment leurs rapports nous seront communiqués ?

2. Notre santé nous oblige à une vigilance stricte vis-à-vis du COVID-19.

Pour beaucoup d’entre nous, le handicap fragilise fortement notre santé. Il est souvent accompagné de maladies auto-immunes, de fragilités pulmonaires et de traitements qui nous font être considérés par les médecins comme des personnes à fort risque en cas de contamination au COVID-19. Ainsi certains parents en situation de handicap ne pourront pas remettre leurs enfants à l’école jusqu’à la mise en place d’un traitement, d’un vaccin ou dans des conditions strictes de sécurité.

3. Cette vigilance ne doit pas être un poids pour nos enfants. Constamment, nous veillons à ce que notre situation de handicap ne soit pas portée par nos enfants.

Dans ce contexte de pandémie, nous mettons tout en œuvre pour que nos enfants ne soient pas angoissés par la peur d’apporter le virus à la maison tout en devant prendre des mesures strictes de protection pour nous-mêmes.

4. Nous voulons pouvoir prendre la responsabilité du choix de garder nos enfants à la maison ou non.

La réouverture des établissements scolaires comporte un risque de contagion de nos enfants que plusieurs d’entre nous ne peuvent pas prendre. Nous sommes placés devant une décision très difficile : autoriser nos enfants à retourner à l’école ou continuer à les garder à la maison.
Le libre choix doit nous être garanti. Pour cela, il faut que ce choix soit éclairé. Il est indispensable que nous ayons un interlocuteur : le directeur de l’établissement scolaire serait le mieux placé, sinon un responsable des affaires scolaires de notre mairie, de notre département ou de notre région, qui nous donne régulièrement des informations précises et actualisées sur l’état sanitaire des établissements scolaires. Les choix que nous aurons à faire en fonction de l’évolution de la pandémie ne doivent entraîner aucun impact négatif sur la scolarité de nos enfants.

5. Ce choix n’est possible que si la continuité pédagogique est maintenue dans des conditions optimales.

Depuis plusieurs semaines, nous avons déployé des moyens importants pour que nos enfants puissent faire l’école à la maison dans les meilleures conditions possibles. Les parents confrontés à la déficience visuelle par exemple ont dû faire preuve d’une grande adaptabilité et créer des relations de confiance pour coopérer avec les enseignants. Tout cela ne doit pas être remis en cause quand certains élèves retourneront dans leur établissement scolaire. Nous percevons les difficultés pour les enseignants de reprendre une classe et de continuer à adresser des cours et des exercices aux élèves restés chez eux. Quels moyens leur seront donnés ? Des innovations pédagogiques ont montré leur pertinence. Au lycée Elie Vignal de Caluire dans le Rhône, les professeurs sont déjà habitués à faire des visioconférences pour des enfants hospitalisés en même temps que leur cours en classe. Ces initiatives pourront-elles être adaptées à la situation actuelle et être étendues à d’autres établissements ? Dès à présent, il faut que cet accompagnement pédagogique individualisé soit poursuivi et prévoir, le cas échéant, sa pérennité pendant plusieurs mois.

6. Ce choix n’est possible que si les conditions de cette continuité ne sont pas stigmatisantes pour nos enfants.

Le Ministère de l’Éducation Nationale a annoncé que la reprise des enseignements dans les établissements scolaires serait progressive et appliquée avec souplesse pour s’adapter aux réalités locales. Nous sommes très soucieux que cette reprise ne provoque pas de stigmatisations pour nos enfants. Nous ne voulons pas que les mesures prises les considèrent à un moment ou à un autre comme des enfants à part du fait de notre grande vulnérabilité face à cette pandémie.

Nous interpellons les différentes autorités publiques  : Éducation nationale, santé, transport, mairies, départements, régions… pour porter cette vigilance lors de chaque décision à prendre. Nous appelons les associations de parents d’élèves à nous solliciter pour être nos porte-paroles dans les relations avec les responsables de nos écoles, collèges et lycées. Nous comptons sur les associations de solidarité avec les personnes en situation de handicap pour porter nos vigilances et nos volontés de parents lors des négociations avec les partenaires nationaux et locaux. Nous remercions, par avance, chacun de leurs engagements pour notre bien et celui de nos enfants.


Contact presse :
Marjorie Viel
marjorie.viel@apf.asso.fr

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Cet article a 2 commentaires

  1. Adhérente à l’APF, je compte sur l’association pour défendre nos droits en temps que parents handicapés !! Pour l’instant, je me sens très seule, alors qu’il doit y avoir d’autres parents dans le même cas.
    Pour l’instant, le handicap par rapport au COVID-19 est non seulement très peu abordé par les médias et les décideurs ou bien exceptionnellement, en présentant le cas d’enfants handicapés. Mais bon sang, les enfants handicapés grandissent et deviennent adultes avec des droits aussi pour lesquels il faut toujours et encore se battre, le droit à une prise en charge adaptée, à l’aide aux transports, au travail, à la participation à la vie sociale, à une vie la plus « normale » possible en temps que citoyen à part entière.
    Il faut aussi penser aux parents handicapés, ça existe !! il faut le rappeler haut et fort !!! A-t-on le droit d’être parent quand on est handicapé… de nos jours encore, dans le nouveau monde qui commence à se dessiner aujourd’hui… ?! Je souhaite vraiment que mon handicap ne soit pas un poids pour mon enfant, j’ai réussi jusqu’à présent mais là, il va falloir prévoir et organiser les choses pour continuer à nous prouver que nous avons toujours le droit d’être parent sans qu’on fasse payer à notre enfant notre handicap.

  2. Bonjour, merci pour votre message. Je vous mets en lien avec notre Collectif être parHANDs, qui représente les parents en situation de handicap sur notre territoire. En effet, on parle souvent dans les médias des enfants en situation de handicap, beaucoup moins des parents en situation de handicap d’enfants valides. Il est de notre responsabilité de sensibiliser l’opinion publique à ce sujet, c’est pourquoi nous créons des liens avec les journalistes et les autorités publiques afin de défendre le droit à la parentalité et d’alerter sur les nombreuses difficultés auxquelles se confrontent les parents en situation de handicap. Il y a encore beaucoup à faire pour arriver à une société inclusive et solidaire envers les personnes en situation de handicap, et c’est ce à quoi nous travaillons chaque jour.

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